Posté par Véro le 03 - 02 - 2019

Ce soir je le fais / Ce soir je le quitte

C’est une fête d’ados qui est ici décrite, une des ces fêtes complètement débridées et très alcoolisées, la musique à fond, les cœurs et les corps déchaînés.

Une soirée où tout se vit à cent à l’heure, un tourbillon de bruits, d’émotions et de sentiments.

C’est ce soir là qu’Emma a choisi pour dire à son copain qu’elle le quitte, qu’elle ne supporte plus ses bras autour d’elle comme une prison, sa façon de la traiter comme une chose, sa petite chose, son bébé d’amour, sa propriété.

Loïc, c’est le premier mec qui l’a vraiment regardée. Elle, petite nénette frêle au physique passe-partout, elle a suscité le désir de ce beau mec baraqué que toutes les filles convoitaient.

C’est le premier avec qui elle a fait l’amour et elle a adoré ça. Elle adore toujours d’ailleurs, son corps, ses mains … mais ça s’arrête là.

- « Avant de le faire je pensais qu’à ça. Me trouver un mec. Un qui veuille bien de moi. Et pour moi c’était un tout: on s’aime, on fait l’amour. Que l’un puisse aller sans l’autre … Personne nous a dit que ça pouvait exister ».

Avec Loïc les délires ne sont pas les mêmes, les conversations tournent court. Pas comme avec Simon, son ami d’enfance, son pote, son frère, celui qui la connaît par cœur et a deviné depuis longtemps le malaise qu’elle ressentait.

Pour Simon aussi d’ailleurs, cette soirée sera une soirée charnière. Emma le sait, elle connaît l’attirance de son pote pour la belle Méline, cette grande fille énergique et plantureuse, à la peau noire, celle qui dépasse tout le monde d’une tête.

C’est comme ça que Simon imagine la fille de ses rêves, carrée, athlétique, les pieds bien plantés au sol et la poitrine généreuse. Et Méline ne semble pas indifférente à sa cour assidue, à ses regards brûlants qui en disent long. C’est même elle qui l’a invité à cette soirée. Si c’est pas un signe ça … une invitation tacite à coucher avec elle, ce soir, cette nuit et toutes les nuits d’après.

Mais la belle Méline ne semble pas se décider, alors Simon tente de noyer son désir dans l’alcool, de calmer son impatience dans une danse rageuse et enivrante qui le laisse à bout de souffle.

- « Moi je ne sais plus attendre. Là j’ai envie, j’ai envie d’elle, c’est tout, et ça me rend dingue, et ça me rend amoureux et c’est pire encore. »

Fidèle au principe de la collection ce récit fonctionne  en recto-verso et les deux récits de cette même soirée, du point de vue d’Emma et du point de vue de Simon, se lisent donc en miroir.

On y découvre toutes les affres de l’adolescence, les tourments amoureux, la valse des sentiments et la brûlure du désir.

A eux deux, Emma et Simon incarnent toutes les fragilités de cette période charnière, cet entre-deux délicat où tout a le goût d’absolu. Où les amours peuvent se conjuguer au pluriel et ne doivent répondre qu’à l’impérieux besoin de se sentir vivant.

Rien dans cette soirée ne se passera comme prévu et Cathy Ytak sait parfaitement décrire l’ivresse du désir, l’ivresse tout court et l’ambivalence des sentiments. On ressent dans son écriture émouvante et percutante à la fois cette sensation d’urgence que peuvent éprouver les adolescents, urgence à vivre tout intensément.

(Entre parenthèses, j’ai bien apprécié je dois dire que la première expérience sexuelle et l’appréhension qui en découle soient vues du côté du garçon, et non pas du côté de la pauvre jeune vierge effarouchée, comme j’ai trop souvent l’impression de le lire. Pour une fois c’est le mec qu’on voit en proie aux doutes et en position de fragilité. C’est bien, ça nous change).

Cathy Ytak a un talent tout particulier pour évoquer et décrire l’adolescence, pour parler de façon crue, franche et poétique à la fois de sexualité et de tout ce qu’il y a de troublant et d’ambivalent dans le désir amoureux.

En deux fois trente pages terriblement bien écrites, ce roman très intense se lit dans un souffle et mériterait d’être lu par tous les ados.

ytak

« Ce soir je le fais / Ce soir je le quitte ».

Texte de Cathy Ytak. Collection Doado. (un peu Boomerang aussi, mais bon c’est pas écrit sur la couv).

Editions du Rouergue. 8,50 €

 

 

 

 


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