Posté par Véro le 05 - 03 - 2018

Jours colorés

illustration@ameliejackowski

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Ces deux merveilleuses auteures jeunesse marseillaises d’adoption (je le glisse l’air de rien), avaient déjà commis un album ensemble que nous avions beaucoup apprécié.

Mais si, rappelez-vous c’était « Derrière la brume » paru chez Albin Michel en 2016, dont je vous avais déjà parlé ici ! 

Qu’est-ce que c’était joli !

Nous retrouvons la délicieuse plume de Ramona et les ravissantes illustrations d’Amélie dans ce nouvel opus qui met en scène une chauve-souris.

Une chauve-souris pas comme les autres, puisqu’elle a décidé de quitter sa colonie et sa grotte obscure et ô combien rassurante,  pour s’installer au creux d’un grand arbre dans La Forêt.

Pas facile comme décision, autant vous le dire, car il lui avait fallu bien du courage pour assumer son choix auprès de ses parents et du reste de la colonie.

Sans compter tous les repas dont elle a dû se priver afin d’économiser le pollen et les insectes que lui avait réclamé Maître Fouine en guise de loyer.

Qu’une chauve-souris aille vivre seule au creux d’un arbre, tout le monde s’était étonné de ce choix. Elle-même n’en connaissait pas vraiment les raisons, il y a parfois des envies, des intuitions qui ne s’expliquent pas.

Chauve-souris a un ami, c’est Écureuil. Avec lui le soir venu et avant qu’il ne s’endorme, elle discute, boit de la tisane et fabrique même une couverture en patchwork. Tous les jours à midi c’est Écureuil qui vient la réveiller comme convenu en toquant trois coups à sa porte.

C’est que Chauve-Souris a eu une autre envie qui ne s’explique pas : celle de découvrir le monde à la lumière du jour.
- »Elle n’avait aucune envie de se laisser retomber dans le canapé, ni de se réagripper à sa branche. Encore moins de se rendormir. Non, ce dont elle avait vraiment, vraiment envie, en même temps qu’elle en avait vraiment vraiment peur, c’était d’aller dans le dehors du jour. Elle avala une gorgée d’hibiscus et réfléchit. Il lui fallait un plan. »

Alors avec de grandes lunettes noires et recouverte de la jolie couverture patchwork, Chauve-Souris fait son entrée dans la Forêt, en plein jour, sur la place du marché. Tout le monde s’étonne et ricane un peu (quelle idée ! et quel accoutrement !) mais Chauve-Souris s’en fiche et achète toutes les jolies choses

illustration@ameliejackowski

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colorées qu’elle devine derrière ses lunettes: une fraise, un radis, une carotte, un morceau de betterave, une feuille d’épinard… puis elle s’en retourne bien vite retrouver l’obscurité de son logis et contempler toutes ses trouvailles.

Mais que peut-elle bien en faire ? Chauve-Souris s’essaye à les dessiner, s’efforçant de reproduire une fraise à l’identique, dans toute sa belle rondeur et sa couleur appétissante, mais rien n’y fait.

A quoi bon imiter pour ne restituer qu’un pâle reflet de la réalité ?

- »Elle n’arrivait peut-être pas à dessiner, mais qu’est-ce que toutes ces couleurs la touchaient, l’enchantaient ! Elle pouvait les regarder des heures. Pourquoi ? Elle aurait aimé à son tour en faire quelque chose. Même si elle ne savait pas encore quoi. »

Chauve-Souris ne se décourage pas et se laisse, sans trop réfléchir, guider par son intuition, cette petite voix intérieure qui lui chuchote par exemple de se servir de ce bout de carotte comme d’un crayon. - »Ça ne dessine rien une carotte, mais ça laisse un incroyable orange sur le blanc de la feuille. »

Qu’est-ce qu’elle est bien cette Chauve-Souris ! Comme elle est courageuse et audacieuse ! A travers ses yeux, ses doutes et ses tâtonnements, nous découvrons pas à pas les mystères de l’Art, rien moins que ça.

Vous savez, ce truc inutile et totalement superflu dont on ne saurait se passer tant il rend la vie meilleure, plus douce et plus colorée.

Nul doute que vous ressentirez les mêmes émotions à la lecture de cet album qui ne se laisse pourtant pas saisir si facilement, et c’est tant mieux. Il en est ainsi de certains textes qui méritent plusieurs lectures.

Mais comme me le répétait souvent mon prof de philo Monsieur Massat, qui le tenait lui-même de Monsieur Kierkegaard, « ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin ». (Vous avez deux heures)

Je suis toujours surprise et touchée par l’exigence de l’écriture de Ramona Badescu, sa qualité littéraire, son souci du petit détail, et la poésie de son imaginaire.

illustration@ameliejackowski

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On retrouve le même tissu et la même sensibilité dans les illustrations à la fois profondes et enfantines d’Amélie Jackowski, la grâce dans les attitudes des personnages, le travail sur les petits éléments du décor. C’est ce qui fait à mon sens la belle harmonie de ce petit monde de la Forêt qu’elles ont su créer toutes les deux.

Bref, je trouve que cet album exigeant ouvre plein de pistes, sur le thème de l’art, de la liberté, de la création et qu’il pourrait inspirer les tout-jeunes et les plus grands sur divers niveaux de lecture.

joursPuisse ce petit monde de la Forêt résister à la jungle éditoriale et tracer doucement son chemin pour toucher le plus grand nombre !

« Jours colorés ». Texte de Ramona Badescu. Illustrations d’Amélie Jackowski. Editions Albin Michel Jeunesse. Collection Trapèze. 14.90 .

 

 

 

Catégories: Albums, Je lis tout seul

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